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La synchronisation des séquences
Après les opérations de prélèvements et de
préparation de la surface des échantillons, ces derniers
sont soumis à la mesure. La largeur des cernes de croissance de
chaque échantillon est enregistrée en déplaçant,
sous une loupe binoculaire, un chariot mobile relié à l'ordinateur.
Les valeurs obtenues et stockées en mémoire sont alors représentées
sous forme graphique à l'aide d'un traceur de courbes. Sur chaque
courbe, sont notés le numéro de l'échantillon, l'essence
végétale et, s'il y a lieu, la présence de la moelle,
de l'aubier, du dernier cerne de croissance et de la saison d'abattage
du bois.
En fonction de ces informations et des observations réalisées
lors des prélèvements, les séquences des échantillons
sont triées et réparties par lots représentatifs
des différents ensembles supposés homogènes. A l'intérieur
de chacun des lots, les courbes sont alors comparées entre elles
afin de découvrir leur position synchrone, pour aboutir à
une séquence moyenne pour chacun des lots. A ce stade de la recherche,
la comparaison des courbes s'effectue visuellement sur une table lumineuse.
A partir des échantillons d'un lot, supposés contemporains
et abattus la même année, la recherche de synchronisation
s'effectue autour des derniers cernes de croissance en utilisant les notes
et les plans réalisés lors des prélèvements
et lors de la mesure de l'échantillon. Cette pratique permet de
rassembler rapidement des bois de la même période. En outre,
la recherche s'effectue de manière plus rapide et plus sûre
visuellement que par calculs statistiques. Il faudrait en effet comptabiliser
le temps de calcul, l'impression des résultats statistiques, les
contrôles fastidieux de chacun des résultats pour chaque
bois. Précisons encore que si cette méthode statistique
permet de découvrir facilement la datation d'un petit pourcentage
de bois, elle a pour principal inconvénient d'échouer sur
un important pourcentage. Au point de vue de l'exploitation archéologique,
cette lacune est regrettable aussi bien pour la période médiévale
qu'en préhistoire puisqu'elle ne débouche que sur des résultats
partiels.
La manipulation des courbes sur table lumineuse permet en outre, au spécialiste,
de mémoriser visuellement l'ensemble du corpus, d'apprécier
le type de croissance des bois, de repérer les accidents de croissance
ou les caractères qui pourraient être communs à plusieurs
bois. C'est ainsi qu'à l'intérieur des lots nous arrivons
à dégager différentes familles qui se caractérisent
par un type de croissance spécifique. Dans de nombreux cas, ce
sont ces familles qui nous permettent de déboucher sur une datation,
et d'intégrer certaines séquences dont le caractère
est identique, mais qui ne pourraient pas être datées si
elles étaient analysées isolément ou traitées
par la statistique. Cette recherche visuelle est toutefois très
sélective, puisqu'elle est basée sur des convergences de
croissance dans une fourchette chronologique extrêmement courte,
définie par les données récoltées lors des
prélèvements.
Lorsque les courbes d'un lot sont positionnées les unes par rapport
aux autres, nous constituons une séquence moyenne qui reflétera
mieux les variations climatiques qu'une séquence issue d'un seul
échantillon. Les échantillons non intégrés
à cette séquence moyenne seront encore comparés à
celle-ci. Nous vérifions si une observation archéologique
indique la présence éventuelle de bois réutilisés
ou anachroniques dans l'ensemble étudié. Ces bois seront
aussi comparés aux autres groupes ou exploités isolément.
A ce niveau de l'analyse, nous ne recherchons pas encore une datation
absolue des séquences, mais nous recherchons les positions relatives
des séquences les unes par rapport aux autres, afin de constituer
par bâtiments étudiés la séquence moyenne la
plus longue et la plus solidement étayée. Les avantages
de cette pratique sont évidents. En effet, les séquences
de chaque lot étant encore fragiles (peu de courbes) et souvent
courtes, une recherche en datation absolue serait en conséquence
plus difficile et moins rigoureuse. Chaque lot étudié correspond
à un ensemble architectural, dont la chronologie relative a été
étudiée lors des prélèvements, nous recherchons
tout d'abord à synchroniser les séquences moyennes de chacun
des lots dans cette logique chronologique.
Si nous considérons la charpente d'un bâtiment ancien comme
généralement contemporaine ou plus récente que la
structure de base d'un bâtiment, nous ne recherchons donc pas, en
début d'analyse, une position de la séquence « charpente
» à l'arrière de la séquence « structure de base
». Nous éliminons, là aussi, les risques d'erreur de synchronisation.
Notons encore, qu'en comparant les séquences moyennes des lots
de bois d'un même bâtiment, nous travaillons toujours sur
des échantillons dont la provenance est probablement très
locale et dont le type de croissance est plus proche. Dans le cas de villages
de montagne le problème est un peu différent, car tous les
bois sont probablement issus de l'environnement immédiat du village.
Nous pouvons, dans ce cas, considérer le village comme un ensemble.
Si nous parvenons en conséquence à synchroniser entre elles
les séquences des différents lots dans leur logique chronologique,
nous pouvons de nouveau constituer une séquence moyenne globale
qui traduira, pour une longue période, les variations climatiques
enregistrées localement par de nombreux bois. Ce n'est qu'à
ce moment de l'analyse que nous effectuons, avec les meilleures chances
de succès, la recherche de datation absolue sur les séquences
de références locales.
La séquence comparée étant longue et bien étayée,
nous pouvons faire nos recherches sur des références dites
éloignées si nous ne disposons pas de ces références
locales. A ce stade, nous pouvons effectuer les recherches à l'aide
de calculs statistiques, mais toujours avec un contrôle visuel et
dans une fourchette de datation qui ne devra pas être aberrante,
mais suffisamment large pour ne pas exclure les hypothèses les
moins probables. L'utilisation des calculs statistiques avant cette étape
de datation absolue restreint les possibilités d'appréciation
visuelle du dendrochronologue, car elle le limite à une vérification
de concordance, tout en excluant une recherche basée sur le caractère
commun des séquences.
L'informatique et les nombreux programmes que nous utilisons sont des
outils de gestion et d'accès aux données existantes et non
pas, en priorité, un outil de recherche pour la datation. Si l'une
ou l'autre de ces étapes de recherche, que nous venons de décrire
brièvement, est délaissée, les résultats d'analyse
sont compromis ou très partiels. Si chacune de ces étapes
est strictement respectée, la datation des ensembles étudiés
est généralement obtenue.
Il convient donc, pour dater des bois en contexte archéologique,
de passer par cette pratique, même si la recherche d'autres voies
est attrayante. Dans un premier temps, seul le résultat est important.
Dendrochronologiquement, une séquence de référence
représente principalement la synthèse des résultats
acquis pour une essence végétale déterminée
et sur un secteur géographique défini.
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