- Introduction
Le bois est un témoin du passé qui, sous l'effet d'un
mode d'urbanisation né de l'ère industrielle, se raréfie
de plus en plus. Le processus de destruction s'ajoute à l'altération
et à la dégradation naturelle de ce matériau
qui, à terme, disparaîtra inexorablement.
La perte de ce patrimoine est considérable puisque, en arrière-plan
de l'aspect architectural, archéologique ou chronologique,
se perdent aussi de nombreuses autres données. Le bois est
par exemple l'objet d' analyses densitométriques, isotopiques,
dendroécologiques ou paléoenvironnementales. Il est
possible d'analyser la teneur en métaux lourds contenus dans
les cernes de croissance. La structure complexe du cerne dont les
différents paramètres morphologiques tels que le nombre
de pores, la surface des pores, la largeur du bois de printemps, celle
du bois d'été, par exemple, contiennent des données
climatiques très précises comme l'ensoleillement, la
température, les précipitations, etc..
Ces données annuelles ou mensuelles ont été
archivées durant des millénaires, dans un ordre chronologique
idéal et par chacune des espèces ligneuses. Le dendrochronologue
qui participe à la gestion du patrimoine doit être à
la source de la sauvegarde de ces données.
L' effort de gestion de ce précieux patrimoine doit viser
aussi bien la sauvegarde, la protection, la conservation des bois,
que le prélèvement des échantillons, l'établissement
de la documentation de prélèvement, l'identification,
l'analyse, le rapport d'exploitation et d'expertise, l'archivage des
données et de l'échantillon, la publication. Sachant
qu'une approche inadaptée provoque une perte d'information
irréversible, la présente charte (le présent
projet de charte) propose que ces activités soient régies
par un certain nombre de règles et le respect de certains principes
élémentaires.
- Postulat permettant d'intégrer le bois au patrimoine mondial
Le bois situé dans un contexte géologique, archéologique
et architectural doit être considéré et géré
comme un objet d'intérêt scientifique et historique au
même titre que la céramique, le silex, la pierre polie
ou tout autre vestige archéologique ou historique.
Le bois ainsi défini fait partie intégrante du patrimoine
mondial culturel ou naturel, selon la convention de l'UNESCO (United
Nations Educational, Scientific and Cultural Organisation) et les
Chartes d'ICOMOS (International Concil on Monuments and Sites). Le
bois ancien a donc une valeur universelle exceptionnelle du point
de vue de l'histoire et de la science.
Pour autant que l'on considère les bois anciens comme patrimoine,
l'essentiel des principes garantissant sa protection et sa gestion
est déjà regroupé et contenu dans la convention
de l'Unesco concernant la protection du patrimoine mondial, culturel
et naturel, et dans la charte d'ICOMOS. Ces deux documents, traduits
en plusieurs langues, sont connus, acceptés et largement diffusés.
Dans ces documents, la gestion du bois est abordée indirectement
en tant que patrimoine sous ses différents aspects :
-
partie d'un monument historique dans la Charte de Venise (1964);
-
objet de recherche scientifique dans la convention de Paris (1972);
-
soumis aux contraintes touristiques dans la Charte de Bruxelles
(1976);
-
composante d'un jardin historique dans la Charte de Florence
(1982);
-
partie intégrante d'une ville historique dans la Charte
d'ICOMOS (1987);
-
vestige archéologique dans la charte d'ICOMOS (1990).
Quelques rappels de ces chartes soulignent les objectifs à
atteindre:
Articles extraits des Chartes d'Icomos, de la convention de l'Unesco
et applicables au bois
Il est unanimement reconnu que la connaissance des origines et du
développement des sociétés humaines est d'une
importance fondamentale pour l'humanité toute entière
en lui permettant de reconnaître ses racines culturelles et
sociales.
Le patrimoine archéologique constitue le témoignage
essentiel sur les activités humaines du passé. Sa protection
et sa gestion attentive sont donc indispensables pour permettre aux
archéologues et aux autres savants de l'étudier et de
l'interpréter au nom des générations présentes
et à venir, et pour leur bénéfice. [...] (ICOMOS
- Charte internationale pour la gestion du patrimoine archéologique
- introduction - 1990)
La conservation et la restauration des monuments constituent une
discipline qui fait appel à toutes les techniques qui peuvent
contribuer à l'étude et à la sauvegarde du patrimoine
monumental. (ICOMOS - Charte internationale sur la conservation
et la restauration des monuments et des sites - article 2 - 1964))
[...] Les politiques de protection du patrimoine archéologique
doivent être prises en compte par les planificateurs à
l'échelon national, régional et local. [...] (ICOMOS
- Charte internationale pour la gestion du patrimoine archéologique
- article 2 - 1990))
[...] La législation doit par principe exiger une recherche
préalable et l'établissement d'une documentation archéologique
complète dans chacun des cas où une destruction du patrimoine
archéologique a pu être autorisée. [...] (ICOMOS
- Charte internationale pour la gestion du patrimoine archéologique
- article 3 - 1990))
[...] les inventaires constituent une banque de données fournissant
les sources primaires en vue de l'étude et de la recherche
scientifique. [...] (ICOMOS - Charte internationale pour la
gestion du patrimoine archéologique - article 4 - 1990))
[Les Etats parties à la présente Convention s'efforceront
dans la mesure du possible de] favoriser la création ou le
développement de centres nationaux ou régionaux de formation
dans le domaine de la protection, de la conservation et de la mise
en valeur du patrimoine culturel et naturel et d'encourager la recherche
scientifique dans ce domaine. (UNESCO - Convention concernant
la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel - article
5e - 1972))
[...] la charte devrait par conséquent être complétée
sur un plan régional et national par des principes et des règles
supplémentaires. (ICOMOS - Charte internationale pour
la gestion du patrimoine archéologique - introduction - 1990))
Le présent projet vise à fixer des principes et des
règles supplémentaires spécifiques au bois anciens
et à leur exploitation archéologique ou scientifique...
-
Datation par la dendrochronologie (définition)
-
La dendrochronologie est une méthode de datation basée
sur la comparaison de la croissance annuelle du bois en valeur relative,
qui permet de déterminer la période durant laquelle
un arbre a vécu et de préciser l'année d'abattage
et la saison de son abattage ou de sa mort naturelle.
Sans refaire l'historique de la discipline déjà largement
publié, citons l'Américain E. Douglas qui, au début
du siècle, datait déjà par la dendrochronologie
d'anciens villages indiens. En Europe, dans les années 70,
les dendrochronologues constituaient d'importantes chronologies
ou référentiels.
Dans les années 80, la datation de bois préhistoriques
lacustres tombait dans la « routine » dendrochronologique, l'exploitation
d'autres essences que le chêne ainsi que de nombreuses chronologies
locales s'imposait.
La méthode de datation à laquelle il est fait référence
ici et qui est celle communément appelée dendrochronologie
et à laquelle les archéologues et les historiens ont
recours. Une méthode de datation qui aurait pour base un
autre paramètre que la largeur annuelle du cerne de croissance,
comme par exemple le bois de printemps, le bois d'été,
le nombre de pores, etc. ne serait plus la méthode traditionnelle
à laquelle nous nous référons ici.
La position des séquences ou courbe en position synchrone
les une par rapport aux autres est systématiquement validée
sur la base d'un contrôle visuel. C'est ainsi que, jusqu'à
présent, les chronologies ont été constituées
et les bois archéologiques datés. Les créateurs
de la méthode et les constructeurs de chronologies ont de
ce fait et par là même validé cette méthode
dite empirique.
Toute autre approche utilisant d'autres paramètres ou d'autres
outils statistiques devra aussi faire ses preuves et ne pas abuser
des lettres de noblesse acquises par la dendrochronologie, même
si celle-ci fait appel à des notions typologiques relevant
des sciences humaines, dont la maîtrise s'acquiert après
un long apprentissage. A terme, les résultats sont soumis
à la critique des divers utilisateurs ou praticiens.
-
Le devenir des échantillons et des données dendrochronologiques
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Le devenir des échantillons
L'échantillon de bois est porteur d'informations scientifiques
et archéologiques, au sens de l'art. 724 CCS. Son potentiel
d'informations relatives notamment au climat et à l'environnement
en fait aussi une curiosité naturelle au sens de ce même
article. L'échantillon de bois appartient donc à l'état
du territoire sur lequel il a été prélevé.
Son devenir est fixé d'entente entre le mandant (représentant
l'état) et le mandataire (le laboratoire). Après concertation
avec le mandant et en l'absence de disposition contraire, le dendrochronologue
assure librement à et pour son propre compte la gestion des
échantillons dans l'esprit de la présente convention.
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Le devenir des données dendrochronologiques
Les données dendrochronologiques sont soumises aux mêmes
règles que l'échantillon. Elles appartiennent donc
aussi à l'état du territoire sur lequel l'échantillon
de bois a été prélevé. Son devenir est
fixé d'entente entre le mandant (représentant de l'état)
et le mandataire le laboratoire). Après concertation avec
le mandant et en l'absence de disposition contraire, le dendrochronologue
assure librement à et pour son propre compte la gestion des
données dendrochronologiques dans l'esprit de la présente
charte.
-
La propriété intellectuelle
Au même titre que toutes autres données scientifiques
ou littéraires, les données dendrochronologiques sont
soumises aux règles de la propriété intellectuelle,
ceci dès les opérations de prélèvement
et de mesure par le dendrochronologue.
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Quelques règles élémentaires
En vue d'une gestion et d'une exploitation appropriées, deux
catégories de bois sont distinguées:
-
Les bois n'appartenant pas à un ensemble architectural
homogène préalablement défini.
Ce sont essentiellement les bois gorgés d'eau, en milieu
humide, dont l'essentiel provient des vestiges archéologiques
de stations lacustres préhistoriques. Lorsqu'ils sont sortis
de leur milieu, le processus de dégradation de ces bois est
extrêmement rapide.
Sont inclus dans cette catégorie, les troncs fossiles provenant
des lits des grands fleuves, les pieux de fondation des grands ensembles
architecturaux tels que les murailles, les châteaux, les ponts,
qui représentent aussi des témoins exceptionnels tant
du point de vue dendrochronologique, historique que climatique.
-
Le prélèvement de ces bois doit systématiquement
être assuré, quelle que soit l'essence végétale
des bois.
-
Tous les échantillons doivent faire l'objet d'un relevé.
-
Lors des prélèvements, les soins les plus attentifs
doivent être apportés à l'aubier et au dernier
cerne de croissance.
-
Les échantillons doivent être identifiables avec
une étiquette résistante marquée d'une
inscription indélébile.
-
Si la technique le permet, il serait souhaitable de réaliser
aussi un archivage photographique des cernes sur CD-ROM (système
fiable et non magnétique d'archivage en vue d'une analyse
morphologique).
-
Des moyens seront mis en oeuvre pour conserver au mieux les
échantillons. Actuellement la mise sous vide et le stockage
à l'abri de la lumière constituent les moyens
de conservation les plus appropriés.
-
Archéologiquement, il n'est pas souhaitable de trier
les bons échantillons des mauvais, au risque d'éliminer
des ensembles dont la particularité serait par exemple
: une croissance particulière, un nombre restreint de
cernes de croissance, un mauvais état de conservation,
une essence particulière, etc. Sur une surface donnée,
l'analyse doit donc être, si possible, exhaustive. Dans
tous les cas, l'analyse dendrochronologique est réalisable.
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Les bois appartenant à un ensemble architectural homogène
préalablement défini
Les bois appartenant un ensemble architectural homogène
et défini sont essentiellement ceux conservés en élévation,
ce sont généralement les bois des édifices
historiques.
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Un seul bois est insuffisant pour dater un ensemble architectural
homogène.
-
Une huitaine d'échantillons par ensemble garantit une
représentativité dendrochronologique et archéologique.
Tous les ensembles architecturaux devraient être identifiés,
si possible du plus ancien au plus récent.
-
La recherche du dernier cerne de croissance sous l'écorce
est primordiale et les prélèvements sont toujours
réalisés en respectant l'intégrité
de l'objet analysé. Il faut insister sur la nécessité
de prélever le dernier cerne de croissance sur le bois,
cette donnée étant essentielle lors de l'analyse
pour garantir des résultats précis à l'année
et à la saison près, précision qui fait
l'originalité de la dendrochronologie.
-
Des documents précisant le lieu de provenance et l'emplacement
du prélèvement doivent être réalisés,
comme cela se pratique pour des vestiges archéologiques
ou historiques.
-
Dans certains cas, où il ne doit pas être porté
atteinte à l'intégrité du bois analysé,
il est possible de réaliser des mesures directement sur
le bois sans prélèvement.
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Le charbon de bois comme le bois se prête à l'analyse
dendrochronologique.
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Afin que l'interprétation des résultats de l'analyse
ne soit pas ambiguë, le rapport doit clairement préciser
le but du mandat dendrochronologique (descriptif de ou des ensembles
à dater, analyse globale ou partielle).
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Contenu du rapport d'expertise
Quelle que soit la catégorie de bois analysé, que
ces bois soient datés ou non, un rapport d'expertise doit
obligatoirement être remis au mandant après un délai
à définir.
Le rapport d'expertise doit comprendre les données suivantes
:
-
le nom de l'objet analysé;
-
le numéro du rapport (ou référence);
-
le nom du destinataire;
-
le nom de(s) l'auteur(s);
-
la date;
-
le descriptif :
-
du mandat;
-
du nombre d'échantillons prélevés et
analysés et le détail des essences en présence;
-
le descriptif des prélèvements par ensemble
et leur positionnement.
-
des séquences obtenues;
-
de leur position chronologique;
-
de la dation de chacun des ensembles ou bois;
-
un archivage adéquat de ces données doit être
assuré.
-
une documentation dendrochronologique suffisante pour attester
des résultats : références et bloc-diagramme
sous forme graphique ou numérique.
-
Il paraît tout aussi important d'assurer la sauvegarde
des rapports d'expertise dendrochronologique. Celle-ci doit
être assurée d'une part par les mandants, d'autre
part par le laboratoire mandaté. De même que chaque
rapport doit être référencé (N° de
rapport). Cette référence doit accompagner les
dates dendrochronlogiques qui sont publiées, comme cela
se pratique pour le 14C.
-
L'échantillon soumis à l'analyse fait partie
intégrante du rapport d'expertise dendrochronologique,
à ce titre il doit être archivé soit par
le mandant soit par le mandataire et consultable par chacun
des partenaires.
-
Les tarifs pratiqués doivent être à la
base d'une gestion et d'une réflexion économique
et scientifique satisfaisante, qui assure l'analyse, la gestion
et la pérennité des données ainsi que la
formation d'une relève par la transmission des connaissances
et de l'outil de travail. Dans le respect des règles
énoncées ci dessus, un tarif annuel doit être
fixé, édité et diffusé.